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Outil pédagogique

Pays de l'enfance

Les enfants sont les grands oubliés de l'urbanisme et de l'architecture. Le « tout automobile » rend dangereux le moindre espace public, la cour de récréation n'est qu'un défouloir, les piteuses aires de jeux standardisés évoquent des parkings où l'on assigne les petits ! Sont-ils condamnés au confinement dans le logement familial avec comme seul horizon l'écran de leurs jeux vidéo ou de leurs smartphones ? Pour Gaston Bachelard l'enfance ne correspond pas seulement à un moment de la vie, c'est un pays dont l'on aura toujours la nostalgie. Ce pays recèle de lieux réels et imaginaires qui accueillent les jeux que les enfants inventent sans cesse. Ils alimenteront les souvenirs que chacune et chacun accumulent dans un coin de sa mémoire, comme autant de bienfaits, d'heureuses rencontres, de paysages amicaux, d'animaux confidents, de copains et copines complices. Ce sont dans et par ces territoires que l'enfant grandit en lui-même. Ils lui sont indispensables, comme la terre à la fleur, la mer au poisson, l'amour à l'humain. C'est un chercheur d'hors, toujours en quête d'un ailleurs…C'est ainsi qu'il devient un faiseur de mondes qui emprunte à ces territoires (le ventre maternel, sa chambre, la salle de classe, la cour de récréation, l'aire de jeux, les rues de son quartier, le jardin des grands-parents, la ville de ses cousins, la forêt du camp de vacances, la beauté du monde…) de quoi alimenter sa géographie affective.

L'auteur mobilise aussi bien les analyses des pédagogues « novateurs » (Geddes, Montessori, Decroly, Dewey, Freinet…) que les récits de romancières et de romanciers auxquels il mêle ses propres souvenirs pour configurer ce royaume de l'enfance que nous portons tous en nous sans jamais vraiment le revendiquer…

Avis et conseil d'utilisation

Cet ouvrage est avant-tout un essai philosophique qui met en lumière l’impact de l’aménagement du territoire, de l’espace « libre »  (où l’enfant peut courir partout sans se faire réprimander) ou « à soi »  (comme la chambre individuelle), sur le développement psychologique de l’enfant. Il part d'un constat : malgré l’augmentation des moyens, l’espace « libre » dédié aux enfants s’amenuise avec des impacts sur le développement de l’enfant. Et pour étayer son propos, il cite de nombreux pédagogues, psychologues et philosophes.
Mais attention, l’aménagement du territoire en soi n’y est pas abordé ! Pas de recettes expliquant quels aménagements seraient pertinents ou comment mieux inclure les enfants dans notre espace public. Le livre est donc intéressant d’un point sociologique ou philosophique mais pas pour une application concrète. L.F.